PFAS dans l’eau potable : quand les mousses anti-incendie contaminent nos ressources

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Onze communes alsaciennes confrontées à des restrictions d’eau suite à une pollution aux “polluants éternels” (source le Monde)

La préfecture du Haut-Rhin vient d’annoncer des restrictions de consommation d’eau pour onze communes situées à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse en raison d’une contamination aux PFAS. Cette situation, loin d’être un cas isolé, met en lumière la problématique croissante des “polluants éternels” liés notamment à l’utilisation des mousses anti-incendie.

Qu’est-ce que les PFAS et pourquoi sont-ils présents dans les mousses extinctices ?

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) constituent une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques caractérisés par des liaisons carbone-fluor particulièrement stables. Cette stabilité chimique exceptionnelle leur confère une résistance remarquable à la chaleur, à l’eau et aux graisses.

Dans les mousses anti-incendie, particulièrement celles de type AFFF (Aqueous Film Forming Foam), les PFAS jouent un rôle crucial : ils permettent la formation d’un film aqueux à la surface des liquides inflammables, isolant ainsi le combustible de l’oxygène et étouffant le feu. Cette technologie représente une avancée majeure dans la lutte contre les incendies d’hydrocarbures, permettant d’éteindre des feux qui seraient extrêmement difficiles à maîtriser avec des moyens conventionnels.

Les premiers émulseurs AFFF, développés dans les années 60, ont abouti à un brevet accordé à Richard Tuve et Edwin Jablonski en juin 1966. Ces deux chercheurs du Naval Research Laboratory (NRL) américain ont révolutionné la lutte contre l’incendie en créant une mousse capable de s’étaler rapidement sur les surfaces d’hydrocarbures en feu. Cette innovation, initialement développée pour les porte-avions de la marine américaine, s’est rapidement répandue dans l’aviation civile, l’industrie pétrolière et les services d’incendie du monde entier en raison de son efficacité exceptionnelle.

Des utilisateurs multiples sur tout le territoire

Si les aéroports comme celui de Bâle-Mulhouse sont souvent pointés du doigt, ils ne sont pas les seuls à utiliser ces mousses contenant des PFAS :

– Les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) utilisent régulièrement ces mousses lors d’interventions sur des feux d’hydrocarbures et pour leurs exercices d’entraînement.
– Les sites industriels classés Seveso disposant de leurs propres équipes de sécurité effectuent également des exercices réguliers.
– Les bases militaires et centres d’entraînement des forces armées simulent fréquemment des scénarios d’incendie avec ces mousses.
– Les plateformes pétrolières et installations portuaires manipulant des hydrocarbures sont équipées de systèmes utilisant ces mousses.
– Les centres de formation à la sécurité incendie forment des milliers de professionnels chaque année.

Depuis plusieurs décennies, nous avons intégré ces mousses à nos entraînements réguliers, sans jamais prendre en considération leur éventuel impact sur l’environnement.

Une contamination durable et préoccupante

La problématique des PFAS réside dans leur extrême persistance environnementale, qui leur a valu le surnom de “polluants éternels”. Les liaisons carbone-fluor sont parmi les plus fortes de la chimie organique, rendant ces molécules quasiment indestructibles dans l’environnement.

Des recherches indiquent que les PFAS ne sont pas métabolisés et ne subissent aucune réaction chimique, ce qui contribue à leur persistance. Une fois dans l’environnement, ils migrent vers les nappes phréatiques et peuvent contaminer l’eau potable pendant des décennies, voire des siècles.

Les études épidémiologiques associent l’exposition chronique aux PFAS à plusieurs effets sur la santé : perturbations endocriniennes, augmentation du cholestérol, affaiblissement du système immunitaire, et risques accrus de certains cancers.

Analyse

Le cas de l’aéroport de Bâle-Mulhouse : la partie émergée de l’iceberg

La contamination détectée autour de l’aéroport de Bâle-Mulhouse n’est probablement pas un cas isolé. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) estime que plus de 100 000 sites en Europe pourraient être contaminés par les PFAS.

Selon l’Agence Régionale de Santé Grand Est, “les valeurs détectées dans certains captages dépassent les nouveaux seuils réglementaires européens, ce qui nous a contraints à prendre des mesures de restriction pour protéger la population.”

Vers des alternatives plus sûres

Face à cette problématique sanitaire et environnementale majeure, le secteur de la lutte contre l’incendie cherche à développer des alternatives :

– Des mousses sans fluor (fluorine-free foams) sont déjà commercialisées et utilisées dans plusieurs pays, notamment en Scandinavie.
– Des protocoles d’entraînement limitant l’utilisation de mousses réelles au profit de simulations sont progressivement adoptés.
– Des systèmes de récupération et de traitement des effluents lors des exercices sont désormais exigés sur de nombreux sites.

La transition est complexe.

Les mousses sans PFAS sont moins efficaces sur certains types de feux, notamment ceux impliquant des solvants polaires. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre sécurité immédiate et protection environnementale à long terme.

Une prise de conscience tardive mais nécessaire

La contamination des onze communes alsaciennes illustre les conséquences d’une utilisation massive et peu encadrée de ces substances pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, alors que des restrictions de consommation d’eau sont mises en place pour protéger la population, se pose la question de la décontamination des sols et des nappes phréatiques, un défi technique et financier colossal.

L’Union européenne a récemment adopté des mesures restrictives concernant l’utilisation des PFAS, mais les conséquences de décennies d’utilisation continueront à se faire sentir pendant longtemps encore. Les “polluants éternels” nous rappellent que la protection contre les risques immédiats ne doit pas se faire au détriment de notre santé à long terme et de celle des générations futures.

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